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La zone des buts

22 Nov

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Je vous préviens tout de suite : certains propos pourraient choquer et vous pourriez même remettre en perspective différentes choses.

Voilà vous êtes prévenus. Et si êtes militants ou sympathisants d’Option nationale, je vous conseil de relire mon avertissement. Il vous concerne probablement doublement.

Précisons d’entrée de jeu que pour ne pas donner l’impression de m’acharner sur cette formation politique émergeante, je me suis maintes et maintes fois retenu d’écrire à nouveau à son sujet. Mais, semble-t-il que c’est elle qui suscite parmi les plus vives réactions chez moi. Le dernier billet de son chef, Jean-Martin Aussant, et les vives réactions de ses partisans, ont achevés de me faire sortir de ma réserve.

Pour tout vous dire, j’ai été surpris du ton hargneux de l’ancien député de Nicolet-Yamaska. Titrant Cet affreux pouvoir d’étouffer la nouveauté, celui-ci dénonçait son exclusion du huis clos de présentation du budget déposé à l’Assemblée nationale cette semaine par le ministre des finances Nicolas Marceau. Je tourne ici les coins ronds pour mieux y revenir, mais la prétention de M. Aussant est qu’il aurait du être invité et que c’est le méchant PQ qui l’en aurait empêché.

Résumons ici les arguments invoqués et passons les nombreux procès d’intention qui n’apportent rien à son texte :

  1. Option nationale représente 83 000 électeurs;
  2. ON représente des milliers de membres;
  3. ON a présenté des candidats dans toutes les régions du Québec;
  4. D’autres participants au huis-clos ne représentaient pas autant de membres;
  5. La plupart d’entre eux n’avaient pas d’élus;
  6. Option nationale a récolté plus de votes que les  »tiers partis »;
  7. Le Parti Québécois a voulu faire taire Option nationale.

1. Option nationale représente 83 000 électeurs.

C’est un fait indéniable. Quant à lui le parti marxiste-léniste du Québec a récolté 1969 suffrages et représente autant d’électeurs. C’est tout aussi incontestable. Mais la question qui se pose est : à partir de quel niveau est-ce que le nombre de vote dans une élection devient-il un argument pour appuyer le désir d’un parti politique de participer au huis clos?

Si on ne nous soumets pas de balise, l’argument de M. Aussant se vaudra aussi bien pour le Parti Équitable qui n’a récolté que 126 votes.

2. ON représente des milliers de membres

Même chose ici. L’éclairé chef d’Option nationale se garde encore de poser une balise claire et laisse milles suppositions se faire à l’esprit. À quel niveau d’adhésion faut-il considéré qu’une association a sa place lors du huis clos?

3. Option nationale a présenté des candidats dans toutes les régions du Québec

Je suis content parce que cet argument-ci pose une balise clair. Un parti politique devrait avoir présenté des candidats dans toutes les régions. Posons-nous la question, en quoi est-ce un critère de sélection? À la dernière élection fédérale, le NPD présentait, par exemple, une jeune femme de Magog en Gaspésie alors qu’elle n’y avait aucunement mise les pieds. Est-ce qu’un parti marginal peut faire pareil et présenter au moins 17 candidatures, dont plusieurs fantoches, pour atteindre une représentation dans toutes les régions? Il y a fort à parier. Aux dires de Jean-Martin Aussant, le Parti Vert du Québec n’y est pas arrivé. Il a tout de même réussit à présenter 66 candidats. L’argument invoqué par Aussant ne me convainc pas.

4. D’autres participants au huis clos ne représentaient pas autant de membres

On y revient encore, où est la barre? La conférence des recteurs représente certainement un nombre limité d’individus mais sa pertinence ne fait pas de doute. C’est donc qu’il y a pertinence de distinguer différentes formes d’associations et différents critères de sélection pour ne pas comparer des pommes et des oranges. L’argument d’Aussant ne tient pas.

5. La plupart d’entre eux n’avaient pas d’élus

La plupart d’entre eux n’ont effectivement pas fait élire leurs dirigeants à l’Assemblée nationale. Il y a différentes formes d’associations, il faut savoir les distingués. Est-ce que le fait que la FTQ n’est pas du corps législatif vient infirmer l’argument selon lequel un parti politique ne devrait pas nécessairement avoir d’élus pour participer au huis clos? Aucunement.

On peut défendre l’idée qu’un parti politique ne devrait être tenu de faire élire des députés pour être présent au huis clos. Mais que M. Aussant emploie des arguments qui s’appliquent à la situation.

6. Option nationale a récolté plus de votes que les  »tiers partis »

D’accord. Encore là, quelle est la limite? On peut aussi dire qu’on devrait s’arrêter à Québec solidaire parce qu’il a récolté plus de votes que la somme des votes de tous les partis ayant récolté moins de suffrage. L’argument est aussi valide pour la CAQ. Il faut tracer la limite, autrement l’argument ne tiens simplement pas.

Qu’est-ce qu’un tiers parti? Loin de mes ouvrages de références en sciences politiques je ne peux que citer de mémoire un ouvrage d’Éric Montigny, directeur exécutif de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires et chargé de cours à l’Université Laval, et situer la notion de tiers parti à ceux ayant obtenu moins de 5%…

7. Le Parti Québécois a voulu faire taire Option nationale

De part et d’autre, ce n’est qu’une question de point de vue encore là. Personnellement, avoir voulu faire taire M. Aussant lors de la présentation du budget, je l’aurais accepté au huis clos parce que : 1-Je ne lui aurait pas donné l’occasion de déclencher une véritable petite tempête parce qu’exclu, 2- Je l’aurais l’empêcher d’avoir une tribune exclusive alors que tous ne pouvaient commenter (d’autant plus qu’Option nationale souffre d’un déficit de porte-paroles et n’aurait probablement pas commenté pendant), 3- J’aurais dilué ses commentaires et l’aurais retenu jusqu’à 17h30. Ainsi, il aurait fait partie des 400 associations à émettre en même temps leurs commentaires à 17h31…

Est-ce que le PQ a voulu écarter Aussant? Est-ce qu’Option nationale aurait du assister au huis clos? Peut-être, mais aucun des arguments avancés par Aussant ne sont réellement assez solide en ce sens.

Somme toute. Vous comprendrez ma déconfiture à la lecture du dernier billet de Jean-Martin Aussant. Il m’a donné l’étrange impression d’un joueur de football au milieu d’un terrain vague qui se dirait dans la zone des buts mais qui refuserait d’en définir les contours…

Bon, je vous le promets, mon prochain billet portera sur autre chose 😉

Le livre rouge du Parti Québécois

23 Sep

En réaction au dernier billet de Johanne Marcotte, je n’ai pu m’empêcher de partir à la recherche du petit livre rouge d’où Pauline Marois tire ses « vieilles théories marxistes reposant sur la “lutte des classes” »…

Ne le cherchez plus, le petit livre rouge du Parti Québécois était dans ma bibliothèque.

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Pour sortir d’un faux dilemme

1 Sep

« Votez stratégique! Votez avec votre cœur et vos trippes! Votez avec convictions! Votez intelligemment! »

… Mais seulement si ça fait notre affaire croit-on parfois entendre de la part des partis politiques.

Tantôt décrié par certains, tantôt réclamé par d’autres, le débat autour du vote stratégique s’est imposé et intensifié depuis une semaine ou deux. La plupart des partis sont passés de l’un à l’autre avec une ambivalence à faire rougir. Par exemple, Québec solidaire a accepté de ne pas présenter de candidat dans Nicolet-Bécancour si Option nationale se prêtait aussi au jeu d’un armistice réciproquement avantageux. En pleine campagne, Québec solidaire a produit des images opposants vote stratégique et vote de conviction. Ces images ont depuis été parodiées amplement. Toujours est-il que c’est là que je décroche.

Parce que pour voter, il faut avoir la préoccupation que nos idées deviennent des politiques gouvernementales. Sinon pourquoi le faire? La politique est une affaire de compromis, de choix stratégique ET de cœur. Dissocier l’un de l’autre, c’est faire une erreur monumentale.

La vie démocratique des partis politiques n’y fait pas exception. Réunis pas de grandes orientations consensuelles, les membres votent et débattent d’enjeux qui ne font pas l’unanimité. Heureusement. Parce que sinon, il y aurait un parti politique pour chacun de nous et nous n’irions nulle part. Aux élections, ces mêmes militants acceptent de militer pour la mise en place d’un programme qui ne leur ressemble pas tout à fait.

Le 4 septembre, votez stratégiquement pour que la majorité de ce en quoi vous croyez ait sa voix au gouvernement.

Rester sur la touche

27 Août

Il y a un peu plus d’un an, le Parti Québécois était traversé par une crise qu’on n’avait pas connue depuis fort longtemps. En deux jours, Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant démissionnaient dans la foulée du projet de loi 204. La veille des évènements, je quittais la Belle Province pour l’Europe avec un exemplaire du Devoir en main. Laissé perplexe par la une qui indiquait quatre probables démissions pour le lendemain, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je vous avouerai qu’en apprenant finalement la nouvelle, j’ai été saisi par le doute.

En novembre de la même année, Jean-Martin Aussant fondait son propre parti en s’inspirant du nom de l’ouvrage fondateur du Parti Québécois : Option nationale (Option Québec n’ayant pas été approuvé par le DGE). Quelle ironie!

Honnêtement, je me suis demandé si ma place était encore au Parti Québécois.

Pour l’essentiel, je retrouvais dans les deux partis les idées du programme que j’avais adopté avec des milliers d’autres membres au Parti Québécois : la souveraineté, l’indépendance énergétique, la décentralisation vers les régions et la protection de la langue française.

Mais là où le bât blesse notamment, c’est qu’à ce programme auquel plusieurs milliers de militants péquistes ont contribué par la bande, Jean-Martin y a adjoint une équipe tout aussi jeune qu’inexpérimentée. Le Parti Québécois a aussi été formé à l’origine d’une équipe de jeunes professionnels, mais il y avait de solides éléments qui font terriblement défaut à Option nationale.

Par exemple, pour mettre en place le vaste projet de l’indépendance énergétique, le Parti Québécois a Daniel Breton, celui qui a porté le dossier dans la société civile pendant des années, notamment en fondant le mouvement Maîtres chez nous 21e siècle. Les Drainville, Hivon, Marois, Girard, Ouellet, Archambault, Blanchet, Cloutier, Hébert n’ont aucune équivalence à ON. Ce fut l’un des premiers constats qui m’assaillit à l’époque. Je ne vous cacherai pas que l’arrivée récente de Jean-François Lisée, Bernard Généraux, Pierre Duchesne, Léo Bureau-Blouin, entre autres candidats de marque, a depuis renforcé ce constat d’une équipe solide au Parti Québécois.

Il y a ensuite que je ne m’identifie pas à la démarche de Jean-Martin Aussant. En fondant son propre parti, il a brisé l’un des fondements du mouvement souverainiste : l’union. Le mouvement souverainiste ne sera jamais aussi fort qu’en additionnant ses énergies. Et s’il est vrai que l’indépendance est urgente à réaliser, elle ne sera jamais aussi probable qu’avec l’élection du Parti Québécois. Aux élections, chaque vote compte.

Finalement, sans le savoir, ce parti n’aspire qu’à devenir le Parti Québécois. En proposant d’unir les Québécois sous le signe de l’indépendance, il ne fait que reproduire la matrice originelle du Parti Québécois. En encourageant les Québécois à joindre ce petit navire plus maniable, il les invite à former ce grand navire souverainiste qu’est le PQ. En recrutant ses membres parmi les forces souverainistes, il deviendrait inévitablement semblable au Parti Québécois en s’alliant à la droite souverainiste, moins nombreuse. Il fera aussi le constat qu’une coalition souverainiste ne peut exister sans compromis. Il reproduit le chemin laborieux menant à la formation d’une grande coalition de milliers de membres comme le Parti Québécois, alors que ce parti existe déjà.

Le 4 septembre prochain, votez pour l’original, ne restez pas sur la touche.

Péquiste

26 Juil

Pourquoi?

La question, simple en apparence, mérite qu’on s’y attarde. Pourquoi faire le choix du Parti Québécois? La formation politique de René Lévesque, de Pauline Marois et de tous ces Québécois qui s’y sont attardés et qui y militent toujours aujourd’hui.

D’abord, il y a son programme progressiste. L’indépendance énergétique est un pan incontournable de celui-ci. Concrètement qu’est-ce que c’est? C’est faire en sorte que le Québec parvienne à produire lui-même l’énergie qu’il consomme. Pour y arriver, nous devrons développer nos ressources énergétiques et miser sur une plus grande efficacité. Concernant les ressources naturelles, le PQ compte exiger des redevances minières décentes pour les québécois et une taxe de 30% sur le sur-profit. Il favorisera aussi la transformation locale des matières premières.

Pour redonner plus de pouvoir aux citoyens, le PQ propose un plafonnement des dons privés à 100$. Ce serait la meilleure façon de conjuguer financement populaire et indépendance des partis vis-à-vis des collecteurs de fonds. Des référendums d’initiatives populaires bien balisés permettraient à la population d’exiger des consultations sur les enjeux de société les plus sensibles. Limiter à trois le nombre de mandat d’un maire et à deux ceux d’un premier ministre permettrait de dynamiser notre politique et d’éviter, autant que possible, l’usure du pouvoir. Des élections à dates fixes s’imposeraient aussi.

En éducation, le PQ propose d’annuler l’inéquitable hausse des droits de scolarité. Une hausse de 75% et une augmentation drastique des prêts étudiants nuira indéniablement à l’accès aux études supérieures pour des milliers de Québécois. Augmenter l’endettement étudiant comme le propose le PLQ, va précariser toute une génération d’universitaire qui, au moment où ils voudront accéder à leur première propriété, fonder une famille ou commencer leur carrière professionnelle, devront rembourser une hypothèque sur le cerveau. Nos voisins du sud appréhendent déjà une bulle spéculative sur l’endettement étudiant tandis que le modèle d’utilisateur-payeur en éducation est voué à l’échec. Il faudrait revoir le mode de financement du réseau des Universités du Québec. Faudrait-il indexer la facture étudiante? Peut-être bien, mais encore faut-il établir le seuil de départ d’une telle indexation. Devrions-nous implanter la gratuité scolaire? Le débat autour de la contribution des étudiants au financement des universités devra avoir lieu entre le gouvernement, le milieu de l’éducation et la société civile. Il ne se fera cependant pas sans un examen scrupuleux de la gestion universitaire. Tout ça, c’est en plein ce que propose le Parti Québécois.

Au-delà de mon attachement au programme du parti et aux valeurs de la social-démocratie qui le porte, l’indépendance est la clé de voûte de mon adhésion à celui-ci. Le Québec a tout à gagner à prendre en mains les leviers de son développement collectif. Souverains, nous pourrions exprimer sans gêne notre vision du monde, celle d’une nation nord-américaine fière de ce qu’elle est et confiante en un avenir qu’elle aura elle-même choisi. Nous parlerons d’une voix confiante, ni supérieure, ni plus inférieure à celles des autres nations, mais ce sera la nôtre. Le Parti Québécois d’aujourd’hui a changé la façon d’y arriver. Bien entendu qu’il faudra passer par le référendum, nous perdrions toute crédibilité internationale en empruntant une avenue défaitiste telle que l’élection référendaire, mais il n’est pas question de se lancer dans la bataille sans avoir mis les chances de notre côté. Le mouvement souverainiste a erré après 95, le PQ n’y a pas échappé, l’indépendance a cessé d’être l’enjeu politique incontournable. Il faut renverser la vapeur. L’indépendance n’est pas une panacée : souverains ou provinciaux, nous ferons face aux mêmes défis. Mais souverains, nous les affronterions en pleine possession de nos moyens. La vapeur renversée, le PQ tiendra un référendum, dans le premier mandat ou le second. L’objectif du PQ n’est pas de tenir rapidement le prochain référendum, mais de tenir celui qui sera gagnant.

Le Parti Québécois est la coalition souverainiste. Ni parfait, ni idéal, c’est pourtant celui qui rejoint le plus de Québécois qui comme moi pense que le Québec a tout à gagner à devenir indépendant. Certains points de son programme politique ne me rejoignent pas, je suis indifférent à quelques-uns et je suis en désaccord avec d’autres idées qu’il propose. Pourtant, c’est à ce programme que je m’identifie. Pour ses valeurs, la majorité de ses idées que je partage, son processus démocratique. Il exprime l’idée qu’il faut additionner nos efforts et exprimer une pluralité de points de vue. Ceux-ci s’expriment dans d’intenses débats au sein des instances du parti ainsi que dans la société civile.

La diversité qu’il attire, le Parti Québécois le conjugue en une équipe formidable, une équipe du tonnerre. Je ne parle pas seulement des Girard, Duchesne, Hivon, Drainville, Marois, Généreux, Cloutier, Breton, Gaudreault, Ouellet, St-Arnaud, Traversy, Hébert, etc., mais aussi de tous les autres membres de que j’y aie côtoyé, ces militants de tous les jours qui, avec tellement d’autres, forment l’âme du Parti Québécois. Cette équipe, de dizaines de milliers de membres et de militants, de députés et de permanents, on ne lui trouve d’égale nulle part ailleurs.

C’est finalement parce que la souveraineté ne se fera malheureusement pas à gauche, ni à droite d’ailleurs, mais ensemble, que je suis au Parti Québécois.

Bref, je suis péquiste.